Macédoine déchirée, occultée et somptueuse

Une exposition mémorable du Louvre sur l'antiquité européenne
Posté par: Guilhem Kieffer le: 09/01/2012
ÉMOTION RÉFLEXION



Plus qu'une petite semaine (sinon il restera à acheter le catalogue coédité  musée du Louvre/Somogy) pour visiter la mémorable exposition du Louvre, "Au royaume d'Alexandre le Grand - la Macédoine antique", à laquelle nous avons déjà fait brièvement allusion.

La Macédoine d'Alexandre n'est pas ce minuscule Etat de 2 millions d'habitants, indépendant de l'ex-Yougoslavie depuis 1991, dont une autre partie de la population est aujourd'hui éparpillée entre Grèce, Bulgarie et Albanie, à la suite d'un charcutage "démocratique" postérieur à la première guerre mondiale, sans que ses droits culturels ne soient toujours reconnus. Ce n'est pas non plus ce pays noyé dans l'empire romain, byzantin puis soumis, pendant plusieurs siècles, à la colonisation turque qui y a laissé, en plus de traces génétiques, une imprégnation religieuse significative.

La Macédoine émerge dans l'histoire à partir de -1.200, faisant jeu quasiment égal avec les autres cités grecques voisines, devenues pour nous la Grèce, (dont elle partage l'origine indo-européenne) et qui, avec Kokino (90 mètres sur 5044), aurait le quatrième plus vieil observatoire au monde, selon la Nasa, après Abou Simbel, Stonehenge et Angkor Vat45. Elle prendra avec Philippe l'ascendant sur ces voisines, comme Athènes ou Sparte l'avaient fait en d'autres temps.

Alexandre et Philippe tiraillés entre Grèce et Macédoine

C'est ce temps-là qui revit avec cette exposition, dont pas mal des 500 pièces viennent du musée français, mais arrivent aussi de celui de Thessalonique, dont elles ne sont jamais sorties. C'est à dire de Grèce, plus précisément et, c'est très important pour comprendre ce qui suit, de la partie macédonienne sous souveraineté grecque. D'où, l'ire de la communauté macédonienne de France et de Llinden 1903  l'Association Franco-Macédonienne, par la voix de Liliana Trencevski, sa représentante, qui a une autre perspective.


Portrait d'Alexandre le grand

"Les expositions sur Alexandre Le Grand de Macédoine, à l'initiative et grâce au financement de l'Etat Grec, fleurissent de par le monde parallèlement à leur travail continu de négation du peuple macédonien, de son histoire, de sa culture, de sa langue et surtout de la légitimité de son nom. Avec l'exposition à Paris, cette propagande anti-macédonienne continue (...) Quant à Alexandre de Macédoine, il n'est pas compliqué de comprendre qu'il était le fils de Philippe de Macédoine et, par conséquent, seulement Macédonien." Voilà qui éclairera, à postériori, nombre de visiteurs qui auront fait la visite avant d'avoir lu Metamag.


Couronne feuilles de chêne

Cette mise au point faite, revenons à l'exposition dont l'origine remonte à  août 2008. A cette date, des archéologues mettent au jour, à l'ouest de Thessalonique, une tombe située dans un endroit inattendu. En est exhumé un seau en bronze, renfermant un coffret d'or massif, lui-même contenant des ossements et une couronne de feuilles de chêne en or. Dans la pénombre des salles du Louvre, la frêle couronne, qui ouvre le parcours de l'exposition, est d'une beauté si saisissante qu'on la croirait tout juste sortie d'un bain d'or en fusion. "On dirait que les feuilles ont frémi à notre passage", commentera, devant nous, un visiteur, éberlué et ébloui .

Une beauté et une modernité époustouflantes

Frisson d'émotion garanti devant cet objet s'inscrivant dans la grande histoire d'Alexandre le Grand, qui régna sur le monde antique, de sa Macédoine natale jusqu'aux confins de l'Asie, trois siècles avant notre ère. Les archéologues étaient tombé sur la dépouille du jeune Héraklès, l'un des deux fils du conquérant, assassinés après la mort de leur père afin que la lignée soit définitivement éteinte.


Alexandre le Grand : richesse et raffinement

L'épisode était à peine connu, comme était défigurée l'histoire de cette région, décrite dans les textes anciens comme reculée et barbare, à l'opposé des prestigieuses Athènes ou Thèbes. On sait que les Macédoniens ne digèrent toujours pas cette mauvaise foi. C'est tout le contraire, ainsi que le raconte cette exposition captivante, qui fait resurgir un royaume prospérant du VIIe au IVe siècle avant Jésus-Christ, dont on doit reconsidérer l'ampleur au fur et à mesure des recherches archéologiques entreprises dans les années 1970.

Cette terre prétendument pauvre en vestiges a livré depuis des milliers d'objets: fresques antiques révélant des perspectives et des décors dignes de la Renaissance italienne, statuaire aux couleurs suaves, bijoux d'une finesse inouïe, armures recouvertes d'or, orfèvrerie épurée, telle cette coupe d'argent, dont un designer actuel ne renierait pas la ligne, retrouvée dans la sépulture du père d'Alexandre, le puissant Philippe II. En 1977, la découverte de son tombeau intact fut aussi primordiale pour l'histoire de l'art du monde antique que celle de Toutankhamon en égyptologie.