Contrairement à ce qu’annonçait un certain nombre de prétendus experts, l'élection présidentielle 2012 ne s’est pas faite sur internet. Elle a été davantage influencée par les télévisions d’information en continu.
Tout d’abord parce que, pour faire de l’audience, ces télés ont mis en scène l'élection, la transformant en une sorte de « télé réalité ». C’est une dérive médiatique dangereuse, qui fausse la campagne et mérite une réflexion approfondie. Nous allons revenir simplement, ici, sur un aspect de cette transformation d’un débat d’idées en spectacle télévisé. C’est d’ailleurs peut être le seul élément positif à retenir.
Il s’agit de la retransmission, en direct, des meetings des principaux candidats. En effet, les meetings, qui rassemblaient traditionnellement quelques dizaines de milliers de personnes, le plus souvent convaincus, sont maintenant suivis par plusieurs millions de téléspectateurs; et ça change tout.
C’est, certainement, l'une des explications de la montée, surestimée pour des raisons idéologiques et politiciennes, mais réelle, de Jean Luc Mélenchon. La plèbe a trouvé un vrai tribun, qui a de la gouaille et qui prend aux tripes. Il peut dire des contre-vérités, faire peur par ses outrances et indigner par ses menaces, il fait aussi rêver et occupe l'estrade. Il a donc dépassé le cercle des militants, communistes non repentis, syndicalistes aigris et talibans des 35 heures qui composent le socle de sa base électorale.
Banalisation piège à cons
Cette démocratisation télévisuelle des meetings, leur audience inédite fait, pour le moment, deux victimes. La première est, bien sûr, François Hollande dont le style ampoulé et le discours ambigu sont plus adaptés à des discussions en petit cercle que face à une foule.
La deuxième victime est Marine Le Pen. Dans les meetings elle n’est pas son père; on peut dire que si les meetings du vieux chef du FN avaient été retransmis de la même manière qu’aujourd’hui il aurait fait exploser l’audimat et les votes en sa faveur. Pour elle, l’effet meeting est limité. Il y a le style certes, mais il y a surtout le fond. Là, c’est sa stratégie qui est responsable.
Pour certains de ses proches, la preuve en est apportée par la montée de Mélenchon : la dédiabolisation est un piège à cons. A vouloir devenir respectable, elle a fait chausser des patins au Front national, pour le faire entrer dans le salon de la respectabilité sans rayer le parquet. Erreur. Ses électeurs aiment certaines outrances, qui forcent le trait pour se faire entendre. Aujourd’hui, Mélenchon lui a volé le créneau de l’apostrophe anti-système. D’où son recentrage sur l'immigration et l'islam après les tueries de Toulouse et Montauban. Pour elle, il est temps, juste temps.
Les faits lui donnent raison, mais encore doit-elle le faire savoir et forcer la voix pour bien se faire entendre. Elle doit refuser les discours de dignité et de retenue, car son score dépendra de la vigueur de sa parole. Elle se doit, en trois semaines, de réincarner les révoltes sociales et nationales, de retrouver sinon tout le discours au moins le ton du père, pour ne pas en laisser l'exclusivité à Jean Luc.
On verra si elle en est capable. Ce qui est certain, c’est que les états majors politiques n’ont pas bien évalué l'impact de cette grande nouveauté: la retransmission en direct des meetings sur certaines chaînes télévisés qui replacent le talent oratoire au centre du choix électoral. Il n'est que de voir la pauvre Eva Joly.