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Jeudi 17 avril 2014
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Immigration : la déferlante latino - Elle n’est pas contenue par l’essor des pays émergents d’Amérique latine

Immigration : la déferlante latino


Elle n’est pas contenue par l’essor des pays émergents d’Amérique latine




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Le 12 octobre, on célèbre traditionnellement, en Espagne et dans toute l’Amérique latine, la “découverte” de l’Amérique, comme un des moments les plus glorieux de l’histoire de l’humanité, un jour de rédemption, de salvation et de lumière, le jour de l’Hispanité au sens que lui donnait le penseur hispanique, Ramiro de Maeztu. Ce fameux jour où Christophe Colomb mit le pied sur une terre inconnue, en croyant découvrir les Indes. Ce fut « la rencontre entre deux mondes », euphémisme socialisant qui fut utilisé en 1992, lors des célébrations du cinq centième anniversaire de la découverte des Amériques, à l’Exposition Universelle de Séville.

Bientôt cinq cent dix ans et 50 millions de latino-américains. C’est le nombre de victimes de l’immigration, le produit dégradant de l'économie capitaliste mondialisée et de ses mirages, comme l'esclavage l'était de l'économie pré-capitaliste, qui ont quitté l’Amérique du Sud pour rechercher de meilleures conditions de vie entre les Etats-Unis et le Canada. L’autre destination préférée est, bien entendu, l’Espagne où réside près de 2,5 millions d’immigrés provenant d’Amérique latine.

Par ailleurs, l’Organisation Internationale de l’Immigration estime à 7 millions le nombre de latinos qui ont préféré émigrer dans des pays situés en Amérique latine ou dans les Caraïbes, au lieu d’entreprendre la grande aventure de l’Amérique du Nord ou de l’Europe. On ne compte plus le nombre de Brésiliens en Guyane Française et dans les Antilles. Même une petite île caribéenne, comme l’île franco-hollandaise de St-Martin/ Sin Maarten, s’hispanise à vitesse grand V par l’apport nouveau de dominicains, de cubains et même de provinciaux colombiens et chiliens.

Au total, 57 millions de latinos américains choisissent de partir à l’étranger pour trouver du travail et survivre. Il faut ajouter, à ce chiffre, près de 6 millions de latinos installés sur le vieux continent, ce qui porte à 63 millions le nombre de latinos à l’extérieur car, en réalité, un émigré latino sur trois vit en Europe, comme, par exemple en Italie, dans la région de Turin.

Perte de capitaux pour les pays d’accueil

Cet exode massif de Sud américains, entre l’Amérique du Nord et l’Europe, entraîne une importante source de devises pour l’économie des pays d’origine. Les estimations de la Banque Mondiale considèrent qu’en 2010, l’Amérique latine aura reçu 58 milliard $ en transferts d’argent et mandats envoyés aux familles par les émigrés. Ah, la fameuse Western Union !...

Ce chiffre ne cesse d’augmenter, malgré une pause en 2009, due à la crise économique. Les experts de la Banque Mondiale prévoient, pour 2011, 62 milliards $ et, en 2012, une augmentation de 3 milliards $. Pour des Etats comme le Honduras, les envois d’argent de la part des honduriens de l’extérieur dépassent près de 20% du PIB, 15% dans le cas d’El Salvador, un cinquième du PIB d’Haïti. Au Guatemala, les transferts proviennent principalement des Etats-Unis où résident 97% des émigrés du pays.



1.7 million d’immigrés guatémaltèques renvoient au pays près de 3,5 milliards $ annuels. Autre pays où les transferts d’argent des émigrés sont une source de richesse : la Colombie. Dans ce pays, il existe même un programme où les émigrés peuvent acquérir une maison avec de l’argent envoyé depuis l’étranger. Le projet s’appelle Mi Casa con remesas (« Ma maison par les mandats ») et le programme est parvenu à construire 1 724 logements. Aussi, les immigrés latinos représentent aujourd’hui 2,5% de l’économie latino-américaine. Les transferts d’argent, vers l’Amérique latine, ont été multipliés par vingt depuis 1985 et représentent l’élément le plus dynamique de l’économie latino américaine.

Des capitaux rapatriés qui suppléent l‘absence de micro-crédit mais incitent aussi à la paresse

Sans ses transferts, la balance des paiements de l’Amérique du Sud serait négative. La Banque Mondiale estime même que, pour l’année 2010, ce sont 82,5milliards $ que les immigrés latinos ont ramené à leurs familles. Un chiffre qui dépasse de 6% le chiffre de 2009. L’augmentation se poursuivra en 2011 et atteindra 8,1 % en 2012. La Banque Interaméricaine de Développement relativise, quand même, ces chiffres, en considérant que les attentes des prochaines années n’atteindront pas les 67 millards $ des mandats de 2008 !

La plupart des envois d’argent provient du Mexique, de Colombie, du Brésil, du Salvador, de Cuba, de l’Equateur, du Pérou ou de la Jamaïque. Les Etats-Unis demeurent la principale destination pour ceux qui préfèrent fuir Mexico ou Lima pour faire vivre leurs familles. L’Espagne, quant à elle, reste la destination préférée des Equatoriens. Le Mexique fait partie des cinq pays qui reçoivent le plus d’argent de la diaspora extérieure. En 2009, il a reçu 22,5 milliards $ de la part de ces émigrants.


Les latinos descendent dans la rue aux USA

Bien que 5% de la population d’Amérique latine et des Caraïbes souhaitent émigrer, cela ne remet pas en cause le dynamisme de l’économie latino-américaine qui bénéficie, justement, de l’investissement non négligeable venant de la diaspora. Il se substitue, pour bon nombre d’entreprises locales ou familiales, au refus traditionnel des banques de prêter à des revenus modestes et souvent déjà endettés.

En même temps, on doit noter certains effets négatifs de cet afflux d’argent de l’étranger : certaines familles ou certains jeunes s’arrêtent tout bonnement de travailler, se contentant de recevoir l’argent de leurs membres les plus courageux ! D’ailleurs, depuis quelque temps, les immigrés latinos réduisent l’envoi d’espèces par l’intermédiaire des banques et préfèrent, grâce à l’achat en ligne sur Internet, acheter sur place des appareils ménagers ou autres commodités à leurs familles ! Dans les deux cas, on constatera que la richesse ne reste pas aux Etats-Unis, mais remplit les caisses des pays de départ. 

L’essor de la langue espagnole n’est pas pris en compte

Même si la crise économique, en Europe comme aux Etats-Unis, a freiné quelque peu le flux migratoire, on compte, quand même, 6,4 millions d’immigrés en Espagne (de 8 à 10% de la population). Durant les cinq dernières années, leur nombre y a augmenté d’1,8 million et Madrid occupe, actuellement, le premier rang des pays européens par l’augmentation de sa population immigrée (les chiffres français restant, comme on le sait, tronqués et largement sous estimés).


Latinos à Washington

On note que, en ce qui concerne les latinos, certains, depuis quelque temps, rentrent au pays. Dans les six premiers mois de 2010, on a compté près de 100 000 mouvements, mais le phénomène ne semble qu’épisodique. On rêve toujours, en Amérique du Sud, de partir pour Madrid ou New York !

Il y a un autre effet non négligeable de l’émigration hispanique, c’est justement la situation de l’espagnol dans le monde, langue en véritable expansion. En 2050, 486 millions de gens utiliseront l’espagnol comme langue maternelle, au lieu des 304 millions actuels. Cette progression reste, bien sûr, relative par rapport à celle du mandarin ou de l’hindi, mais elle est bien réelle. Alors qu’elle ne semble pas affecter la communication des institutions européennes ou internationales, où l’anglais reste dominant. 12 % des foyers américains parlent aujourd’hui l’espagnol ! Déjà, les candidats aux primaires américaines répondent directement à certains journalistes dans la langue de Cervantès et de Lorca!

Pour cela, nous pouvons dire que le déclin américain correspond à la seconde latinisation de l’Amérique dont elle sera immanquablement la renaissance ; mais cela, c’est un autre point de vue ! 

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