
Montebourg a donc créé la surprise de ces primaires du Parti Socialiste. Donné à 7-8% dans les sondages, derrière ou à égalité avec Ségolène, il se place en troisième position dans cette primaire et cet évènement partisan, qui a occupé et occupe les temps d’antenne. Il peut jouer les arbitres. C’est une sorte de Le Pen un lendemain de premier tour de présidentielle.
D’autant plus que les idées principales qu’il porte ressortent d’un nationalisme de gauche mâtiné d’altermondialisme. A croire que Montebourg s’est nourri de la lecture attentive des blogs de Sapir, Michéa, Juvin, Maris, d’Attac, d’Alternatives Economiques et peut être même des travaux de la Nouvelle Droite, et de sa revue revue Eléments.
Sur le refus de la mondialisation débridée avec ses flux sauvages de capitaux et l’exode des nouveaux lumpen prolétariats pour peser sur les coûts du travail, Montebourg reste coi, pour le moment. Comme il l’est aussi sur l’hégémonie des Etats-Unis et la soumission de la France et de l’Europe aux impératifs de la politique militaire et étrangère nord-américaine. Toujours est-il que, en fin tacticien politique, il a su discerner un courant porteur et un public orphelin sensible , dans l’idée de dé-mondialisation et de relocalisation. Il y a ajouté, thème très rarement abordé par la classe politique, celui de la soumission de l’économique au politique.
Il est vrai que le spectacle donné par la spéculation, ces derniers mois, ne peut qu’appeler à un retour du « politique », afin de contrôler les boursicoteurs qui mettent à bas des économies entières. Jamais, la phrase du général De Gaulle -« la politique de la France ne se fait pas à la corbeille »- n’avait paru aussi oubliée.
Ce surgissement de Montebourg à une place où on ne l’attendait pas a permis l’apparition sur la scène médiatique grand-public des idées de relocalisation, de protectionnisme européen, avec mise en place de droits de douanes aux frontières de l’Europe. A tel point que madame Parisot, peésidente du MEDEF, chantre du « laissez-faire, laissez-passer », a cru bon de mettre en garde contre le dangereux trublion. Elle avait fait de même, voici peu, avec le programme de Le Pen. « Touchez pas au grisbi » semblait être le mot d’ordre de la patronne des patrons.
Beaucoup de questions sur la profondeur du personnage
Arnaud Montebourg sera-t-il le Chevènement du Parti Socialiste du 21ème siècle ? Il est certain que sa candidature, son succès et certaines des idées qu’il porte ont amené une remue-méninges que l’on espère salutaire pour un parti dont on ne savait plus trop s’il était filiale de l’Armée du salut, du FMI, juste capable de compassion à faire pleurer Margot ou de préconiser des mesures pour l’emploi dignes des années 70. Le Parti socialiste en était venu à regarder les grands problèmes avec le tout petit bout d’une toute petite lorgnette.
Avec Montebourg, comme avec Chevènement, revient-on à un national (à l’échelle de l’Europe, cette fois-ci)-républicanisme de grande classe plus digne du parti de Jaurès ? Certains doivent l’espérer et prier pour que Montebourg continue à mettre en avant les idées qui ont fait son succès le 9 octobre.
A quelle place sera-t-il dans l’orchestre de la campagne présidentielle et le laissera-t-on parler vrai ? Encore faut-il que, comme Chevènement, il ne soit pas utilisé pour rassurer une frange d’électeurs que l’on va qualifier de « gauche identitaire » proche du PC. Plus que par des coups de menton, il faudra que Montebourg assoie sa réputation sur des actions conformes à son programme initial et ne retourne pas à la niche si les « camarades » le demandent.
Enfin il faut se poser la question de la sincérité du bel Arnaud.
Il a su utiliser des idées, qui en ces temps de crise ont séduit grâce à leur visibilité médiatique. Donc Montebourg a ses entrées dans les médias. S’il était si dérangeant que ça, en parlerait-on autant ? D’autant plus qu’il s’est posé, dans une interview, en rempart contre le Front National. Le PS a parfaitement compris qu’une partie de son électorat était prête à aller voir ailleurs, singulièrement du côté de Marine Le Pen. Montebourg n’est-il pas alors une sorte de Tapie, dont la gouaille populiste avait été instrumentalisée par Mitterrand, dans les années 80, pour faire pièce au Front National ? Non sans un certain succès.
Enfin on attend de Montebourg quelques précisions sur cet élément de sa biographie dans Wikipédia qui le donne comme ayant été, vers l’an 2000, « Alumnus » dans une fondation atlantiste, chargée de repérer et d’aider les jeunes talents hors des Etats-Unis. On sait que les Etats-Unis ont des programmes spéciaux dédiés à ce type de repérage et de promotion des futures élites d’un pays, dont ils veulent se faire des amis, sinon des clients. Alors Montebourg : un espoir de sortir de l’ornière de la social-démocratie mondialisée ou seulement une ambition personnelle et une savonnette pour Marine Le Pen ?