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Par: Lessehl le 19/10/2011


Ce terme " indignés" fait un peu salonnard. On s'indigne, certes mais après? Se révolte t'on ? S'insurge t'on ? On dirait que le système a mis en place une soupape de sécurité pour éviter que les choses n'aillent trop loin ou pas dans la bonne direction. Après tout  le nom d' indignés vient du livre écrit par Stépane Hessel, homme certes courageux, aux positions parfois curieuses, mais qui n'en reste pas moins un indigné-intégré systémique. Alors ? Tout cela mérite un questionnement avant d'approuver aveuglément. Après tout mai 68 dont nous vivons aujourd'hui les conséquences très politiquement correctes a commencé par des revendications corporatistes et softs exprimés par des leaders apparemment sans passé politique, qui se sont ensuité révélés, une fois que la mayonnaise avait prise, des agitateurs marxistes parfaitement formés. Aujourd'hui ces gens-là sont au pouvoir et ils imposent le politiquement correct.Ils s'y connaissent en manipulations et contre-feux. Peut-être que sentant la terre trembler sous leurs pieds, ils mettent en place ce qu'il faut pour sauver leur oligarchie. Allez voir ce lien :http://fortune.fdesouche.com/35636-derriere-les-indignes
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Octobre 2011: un autre signal après 1917 ou 1968 ? - D’Athènes, mère de la vraie démocratie, la vague d’indignation s’amplifie

Octobre 2011: un autre signal après 1917 ou 1968 ?


D’Athènes, mère de la vraie démocratie, la vague d’indignation s’amplifie



Michel Lhomme
le 16/10/2011

15 octobre 2011. Les gens sont sortis dehors un samedi pour, une fois n’est pas coutume, délaisser les hypermarchés et dire non au Système, rejeter l’Etat libéral et les institutions financières qui, maintenant, assujettissent les gouvernements directement. On a appris, récemment, que la réforme française des retraites avait été pratiquement négociée avec les agences de notation qui, avec l’Union Européenne, font maintenant pression sur le nôtre pour pousser à 67 ans l’âge de départ.

Or, les « Indignés » ne réclament pas un changement : ce que voudrait, en fait, le système. Un changement qui lui permette, une fois de plus, de se réformer pour commercer encore plus. Non, ils rejettent (attitude qualifiée de « nihiliste » par le Figaro), la société organisée, depuis la révolution industrielle, par l’argent, l’unique divinité monothéiste des temps modernes. « Non au système ! », c’est le cri des « Indignés » espagnols, « Ya basta ! No al Capital ! ». Pas même une quelconque proposition alternative de réforme.

D’abord, la table rase, non pas par l’explosion, mais par l’implosion systémique. Du coup, les « Indignés », contrairement à ce que leur reproche Le Figaro du 14 octobre, n’ont pas besoin de direction centrale. Cinq mois après la naissance du mouvement en Espagne, c'est dans 82 pays que ces « Indignés » ont manifesté ce samedi. De Zurich jusqu'à New York, en passant par Rome, Tijuana, Hong Kong et Johannesburg où des appels avaient été lancés parmi 951 villes du monde.  

Ils ne veulent plus de ce monde-çi

Les révolutions antérieures avaient inventé le futur, pour pouvoir fuir et reconstruire, rénover et bâtir un « monde meilleur », un « monde neuf ». Il y a, chez les « Indignés », un peu du « No Future » punk. On se moque du « monde meilleur ». Ce qu’on ne veut plus, c’est de ce monde-ci. On appelle cela, en Belgique, suivant le modèle de la révolution tunisienne, le « dégagisme ».

En effet, le futur lui-même, l’idée d’une reconstruction du système est déjà en soi une imposture réformiste, la croyance qu’on puisse réparer encore quelque chose à la machine économique de l’hyper-croissance et de l’hyper-endettement, une manière de poursuivre la servitude volontaire à l’économie. Et c’est ainsi que les « Indignés » dérangent les intellectuels français : ils ne veulent ni continuer comme aujourd’hui, ni comme hier, ni comme demain, ni comme toujours.

On peut se libérer facilement du dogme économique, évoquer la démondialisation, prôner la décroissance en l’analysant, en la rejetant,  mais ceci ne garantit pas qu’on adoptera une autre mondialisation, une autre croissance, une croissance « humaniste ». Comme autrefois, en Italie, on parlait d’un « socialisme à visage humain ». Ce qui caractérise, peut-être, au fond le mouvement des Indignés, c’est la libération d’une croyance sans adopter une autre religion, exprimant par là une méfiance radicale, une incrédulité profonde à toute la foi mercantile qui, jusqu’alors, nourrissait la machine.

C’est ainsi que parfois, aux infos, il y a des « nouvelles  différentes », comme celle de ces centaines de garçons et filles qui occupent les rues de Wall Street ou de la City de Londres. Le « Mouvement », avec une majuscule (on y tient !) se convertit, peu à peu, en une réponse édifiante de la société civile américaine aux excès du système financier international. Il faut rompre le mur (« The Wall »), il faut ouvrir la rue (« Street »), pour que s’envolent dans les airs ces milliers de papiers comptables qui, autrefois en fin de journée, s’égrenaient dans les rues de New York ou de Sao Paulo, à la sortie des bureaux.

Grèce : du berceau à la tombe pour une démocratie trafiquée?

Si la démocratie naquit en Grèce, dans l’Athènes de Périclès, on dira peut-être, plus tard, qu’elle y mourut là-aussi, sur fond de banqueroute généralisé, dans l’effondrement matériel sans précédent d’une civilisation mondiale technologique à bout de souffle, victime du grand arraisonnement et de l’ « oubli de l’être », en pleine vente aux enchères du Pirée. Aujourd’hui, dans la panique générale, les démocraties tentent de sauver les meubles : comment faire survivre le système financier international ? Comment sauver et recapitaliser les banques ? Même la question d’une sixième République, à la Le Pen (qui fut le premier à l’évoquer !) ou à la Montebourg paraît, contrairement à quelques années, un objectif mineur. 

En Grèce, il y a une répression brutale des manifestants, mais aussi un mouvement de protestation qui est loin de se cantonner en fait à la seule capitale, Athènes. Toutes les villes de province, les villages et les petites banlieues, sont touchées par la rébellion. La désobéissance civile et la résistance passive sont devenues générales, une sorte de grand sport national, le nouveau marathon. Il y a une semaine, les limousines des experts de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International ont dû renoncer à la plupart de leurs visites d’inspection, car les bureaux du moindre standardiste ou de la plus petite secrétaire étaient vides ou occupés par des grévistes. Les portes vitrées électroniques ne s’ouvraient plus.

Le reste de l’Europe observe, avec stupeur, les rares images que les médias nous sélectionnent et nous envoient sur la Grèce. Elles nous font croire souvent que cette opposition est constituée d’éléments incontrôlés, de violents, de marginaux, d’irréductibles anarchistes. Alors qu’il s’agit, la plupart du temps, de gens de tous les jours, de gens comme nous, de voisins, d’amis, de bons pères de famille ou de fonctionnaires, qui se retrouvent sans salaire depuis des mois ou de retraités sans pension, de malades sans couverture sociale.

Le peuple grec est un peuple fatigué, harassé par la crise, le chômage, les bas salaires, la disparition des solidarités étatiques, la suppression des services publics, les travaux précaires. Mais c’est aussi un peuple fatigué du tourisme de masse, de toutes les couleuvres qu’il a fallu avaler comme celle des Jeux Olympiques (car, on les a vite oubliés ceux-là, orchestrés par le Haut Comité Olympique et responsables d’un véritable gouffre financier, de caisses noires locales et autres spoliations immobilières ?) pour en arriver là : un pays à vendre, un pays laminé, un pays dans le gouffre.

La démocratie est née à Athènes. Qui sait, si doux clin d’œil de l’Histoire, le capitalisme n’y aurait pas sombré ! Les pancartes des « Indignés » d’Athènes sont éloquentes : sur les murs ou les affiches, on peut y lire des slogans cyniques, à la Diogène, comme « Tais-toi et Consomme ! », « Travaille, Vote et Ferme là ! », « Vis comme un chien ! ».

Les socialistes réformistes voient des fascistes partout

Ailleurs, en Espagne, la Présidente de la Communauté Urbaine de Madrid a, la semaine dernière, dénoncé et critiqué les « Indignés », (« los Indignados » espagnols, par un subtil jeu dialectique). Le mouvement du 15 mai (date du début de l’occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid) serait , en fait, « d’essence fasciste », de ces mouvements qui, dit-elle, fomentent les coups d’Etat ! Jeu subtil des socialistes officiels et réformistes, face au vent d’une révolte qui risque bien sûr de les dépasser et de les enterrer en même temps.

Alors que les « Indignés »  envisagent de donner le coup fatal à l’Etat et au Capital, pour les socialistes espagnols, voilà ces mêmes « Indignés », porteurs de dictatures et de complots contre la démocratie, assimilés à des chemises brunes, noires ou bleus (celles, peut-être, de la Phalange de José Primo de Riviera !).

Quand on s’arrime à sa cassette, tel un Harpagon dérobé, on est prêt à tout pour défendre son dernier carré ! Mais, ce que ne veut pas, ce que craint la Présidente du Conseil de Madrid, c’est la démocratie directe, la démocratie populaire, la possibilité d’une autogestion révolutionnaire, la remise en cause de cette représentativité qui, au final, ne représente qu’elle-même et les intérêts troubles de la finance mondiale.

D’ailleurs, la Présidente de la Communauté Urbaine de Madrid n’a pas tout à fait tort lorsqu’elle écrit, par exemple, que « sous l’apparence d’innocentes mobilisations qui prétendent être l’expression d’une démocratie directe, se cache la délégitimation de notre système représentatif ». Elle voit loin la Présidente de Madrid, sauf qu’elle oublie de remarquer que le mouvement des « Indignés » ou du « Dégagisme » à Bruxelles ne délégitime pas la démocratie représentative, mais surgit, spontanément, de la délégitimation de celle-ci par la crise financière et l’Etat-Providence.

En France, les « primaires » plus spectaculaires que les « indignés 
»

En France, c’est le suspense « socialiste » ! On se fait des frayeurs pour un rien ! Entre Martine Aubry et François Hollande, il fallait se partager ! Les deux ténors du parti, deux éléphants en fait, (ce qui, quand même lorsqu’on parle de renouvellement de la classe politique, fait sourire !) ont été obligés de prendre clairement partie pour la démondialisation, la mise sous tutelle des banques et le protectionnisme ! On a eu un peu hâte de les entendre répondre à ces questions.

Mais on est rassuré. Dans les appareils, à Paris, le mouvement des « Indignés » ne prendrait pas. En fait, au moindre rassemblement, place de la Bastille -les consignes aux forces de l’ordre ont été donnés- on charge, on met en garde à vue. Tolérance zéro pour tout attroupement.

Les journalistes ne bronchent pas. C’est bouche cousue chez les intellectuels critiques, au nom du sacro saint principe de « l’alternance démocratique » à venir ! Mais, on a, surtout, pris ses devants. Un décret paru en catimini, au début de l’été, signé par François Fillon, Premier Ministre, Gérard Longuet, ministre de la Défense et Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, autorise les forces de l’ordre à faire usage d’armes à feu en cas d’émeutes. Contre qui ?...

Guéant va-t-il lancer policiers et gendarmes à l’assaut des zones de non-droit, des « territoires perdus de la République » ? On sourit ! Alors,  contre qui ? Officiellement, l’ouverture du feu ne pourra se faire que dans le strict cadre de l’article 431-3 du Code pénal, auquel le décret du 1er juillet fait d’ailleurs référence, c’est-à-dire, pour être plus exact, dans le cadre d’un « attroupement » et, à la condition que « des violences ou voies de fait [soient] exercées contre les représentants de la force publique appelés en vue de dissiper celui-ci ou s’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent ».

On aura beau titiller le texte, il est clair : le décret donne le droit aux gendarmes et aux policiers de tirer sur les émeutiers qui s’en prennent à eux et, le décret précise même l’arme : « fusil à répétition de précision de calibre 7,62 mm et ses munitions ». On sent, dans le décret, une certaine appréhension. C’était en juin, avant l’été, l’appréhension des banlieues sans doute (le décret a d’ailleurs été signé avant les émeutes de Londres).

Faut-il se méfier des banlieues ou du peuple français?

Mais comment, maintenant, ne pas y voir, aussi, la préparation sournoise face à un éventuel dérapage politique de type anarcho-social, une montée des colères populaires devant les conséquences d’un vrai plan d’austérité à l’italienne (auquel on n’échappera pas ), révoltes qui pourraient très vite dans le contexte de la tradition révolutionnaire français devenir ingérables pour un gouvernement dont, en plus, les forces de l’ordre sont épuisées au quotidien, essorées par les réductions d’effectifs et la multiplicité des tâches demandées.

Ce décret a fait l’objet, comme il se doit, d’un débat à l’Assemblée nationale et au Sénat. Contrairement à d’autres décisions, pourtant beaucoup moins sensibles, on en a pratiquement pas parlé, sauf sur les forums d’extrême gauche. C’est que d’ailleurs, entre députés de droite comme élus de gauche, la discussion a porté sur l’opportunité d’ajouter ou pas, dans le texte, la possibilité d’utiliser des tirs par hélicoptère ! Un amendement  avait même été proposé dans ce sens qui, au dernier moment, a été rejeté. Reste que le texte de loi est très clair : les forces de l’ordre peuvent, maintenant, tirer sur des manifestants sans sommation, puisque les sommations – au nombre de deux – n’ont pas été rendues obligatoires par le décret.

Que se passera-t-il ? Après les primaires socialistes, le gouvernement décidera-t-il de passer aux actes, c’est-à-dire d’appliquer la politique de sécurité pour laquelle il a été élu en 2007 ? Sinon, il faut bien le dire, tout le sarkozisme n’aura été que du baratin. Mais alors, si rien ne se fait du point de vue sécuritaire, la question demeure : les tirs sans sommation seront pour qui ? Sans doute, pour le peuple de France qui n’en pourra plus économiquement parlant, sans doute contre les « Indignés  gaulois » des vrais plans d’austérité à venir, c’est-à-dire contre les révoltes identitaires et populaires, contre les manifestations sociales du peuple français. 

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