17 octobre 1961: nouvelle pesée des victimes
Une journée au caractère bien plus guerrier qu’on ne l’a rappelé
Roger Vétillard
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Les jugements à l’emporte pièce, les approximation et la mauvaise foi, que d’autres tolèrent avec complaisance, ont le don de mettre les nerfs en boule à notre rédaction. C’est pour cela que nous avons publié l’article de Bernard Lugan sur les morts du 17 octobre 1961. Il corrigeait les exagérations, reprises en boucle dans tous les média, auxquelles a donné lieu leur souvenir, célébré par certains milieux algériens, dont nous comprenons le deuil.
Mais comme on n’est jamais assez pointilleux sur la vérité historique, notre collaborateur Roger Vétillard, par ailleurs historien de l’Algérie, apporte un complément de précision sur le bilan avancé par Benand Lugan, ainsi que sur la journée polémique, en la remplaçant dans le contexte ; ce que les média ont, volontairement semble-t-il, évité de rappeler. Pour chloroformer un peu plus une mémoire nationale parfois trop rétive ? METAMAG
Le bilan de Bernard Lugan qui fait état d’au plus 4 morts, dont un breton et 3 algériens, est nettement sous-évalué. Pour dire cela sans avoir fait d'enquête personnelle, je me réfère au rapport très précis du conseiller d'Etat ; Dieudonné Mandelkern ; décidé en 1997 par le gouvernement de Lionel Jospin sur la demande du ministre de l'Intérieur, Jean Pierre Chevènement ; rapport réalisé à partir des archives de la préfecture de police. Ce rapport parle de 7 victimes avérées et retrouve 25 autres cadavres arrivés à l'Institut médico-légal de Paris, qui ont un lien possible, ou probable, avec cette manifestation et la répression policière.
Un anniversaire "politique" et "électoral"
Ce chiffre de 32 victimes rejoint, avec les mêmes réserves, celui donné par Jean Paul Brunet, de l'Université de Paris VIII, qui a travaillé sur les archives de la préfecture de police et sur celles de l'institut médico-légal, sources ignorées par les publications de Jean-Luc Einaudi, de Paul Thibaud et de Sylvie Thénault. Je pense donc qu'il est nécessaire pour une information complète de rappeler les travaux de D. Mandelkern et de JP Brunet qui sont officiels et qu'aucune étude historique sérieuse ne conteste. Je rappellerai que JP Brunet parle, à propos des affirmations qui font état de centaines de victimes, d'un "mythe forgé pour les besoins d’une cause militante".
La France est en guerre, le FLN est l’ennemi et les manifestants sont ses complices
Cela m'amène à faire quatre remarques supplémentaires sur cette manifestation.
1/ En l’organisant, le FLN organisateur voulait protester contre les entraves que le couvre-feu, instauré pour les nord-africains dans le département de la Seine depuis le 5 octobre 1961, mettait à ses activités nocturnes contre les policiers et, surtout, ses adversaires messalistes du MNA. Rappelons que, pendant les 10 premiers mois de 1961, 29 policiers parisiens ont été tués et 76 blessés et que 307 nord-africains ont été tués, dont au moins 241 par le FLN. Ceci peut expliquer l'exaspération de la police et de l'état de tension qui existait alors.
2/ Ce sont 1 500 membres des forces de l'ordre qui ont été mobilisés, à peine plus que pour un monôme étudiant. En face, il y avait plus de 20 000 manifestants. Si la volonté était d'effectuer un massacre, il est vraisemblable que des forces plus importantes auraient été engagées. 

17 octobre 1961 : une manifestation...pacifique !
3/ Ce jour là, la guerre d'Algérie qui oppose le FLN à la France se poursuit. "L'ennemi" fomente une manifestation dans les rues de la capitale. Faut-il s'étonner que cela ne se passe pas dans le calme? Que se serait-il passé si les Allemands de Paris avaient manifesté dans les rues de la capitale en décembre 1944 ?
Hollande :un geste électoral ?
4/ Le premier geste de monsieur François Hollande candidat socialiste aux présidentielles de 2012 a été d'aller jeter une rose dans la Seine à la mémoire des manifestants qui auraient été noyés ce jour là dans le fleuve par la police alors que le rapport demandé en 1997 par le gouvernement socialiste n'entérine nullement cette allégation. Monsieur Hollande l'ignore-t-il ou veut-il utiliser cette manifestation à des fins électorales?










