Claude Guéant et les civilisations supérieures
Il y a une fausse polémique et une vraie question
Raoul Fougax
le 08/02/2012
Quelques propos de Claude Guéant ont été, une fois de plus, exploités. C’est habituel et il le sait. Il est, chaque fois, accusé de flatter dans le sens du poil, à tort ou à raison, l’électorat du Front National. Jean Luc Mélenchon a même été plus loin, donnant une autre dimension au dernier "dérapage".
L'ex-secrétaire général de la Présidence serait chargé d’ouvrir l’enclos où viendra s’engouffrer le troupeau de Marine Le Pen, quand cette dernière ne pourra pas se présenter, faute de signatures. Cette lecture machiavélique des propos de Guéant est intéressante, peut être même plus. Mais, en l’occurrence, y a-t-il eu dérage et par rapport à quoi ? A l'idéologie médiatique, certainement. Mais, de cela tout le monde commence a se moquer.

Qu'a dit Guéant devant les étudiants de l'UNI, une organisation proche de la Droite de la majorité présidentielle . "Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique". Tout journaliste, socialiste et même tout démocrate devrait applaudir. Pourtant, c’est le tollé.
Malgré des réactions convenues et indignées, le ministre de l'Intérieur persiste et signe. "J'ai tenu des propos de bon sens, des propos d'évidence pour rappeler que toutes les civilisations ne se valent pas au regard des valeurs humanistes qui sont les nôtres". Précisant vouloir défendre la démocratie, les libertés individuelles et les droits de femmes.
La faute de Claude Guéant est, en réalité, ailleurs. Elle est de réduire une civilisation à un régime politique. Pour L'Express, qui met le doigt sur le vrai problème, c’est une manœuvre. "Monsieur Guéant n'est pas un crétin. Il ne confond pas civilisation et régime politique par hasard. Ce n'est pas la maladresse qui lui fait remplacer la notion de différence entre les civilisations par celle de valeur - et donc de hiérarchie, affirme le commentateur JC PIOT. M. Guéant ne fait rien par hasard. M. Guéant flatte dans le sens du poil des instincts qui n'en ont pourtant pas besoin. M. Guéant nous tend des pièges. " C’est une vision optimisme.
La vraie question
Car c’est bien le système démocratique qui ne cesse, volontairement, de confondre régime et civilisation. Le régime républicain est supérieur à tout quand il s’identifie aux "valeurs universelles" et non de la Res Publica. Il y a longtemps que chez nous, le système républicain est supérieur à la civilisation française.

Quand le pays est en danger on ne parle pas de sauver la France, mais de sauver la République. Et que crève la France, au besoin, si perdure quelque chose d’autre, qu’on peut appeler République! Il n’est pas sûr que Claude Guéant fasse, lui même, la différence. Ce serait sa vraie faute.
Car, même, si il y avait plus de liberté dans le fond des forêts de Scandinavie, dans les tribus des hommes et femmes libres et encore sauvages, qui peut nier que la civilisation qui, a la même époque, nous donnait les pyramides n’était alors supérieure? Moins de libertés, notamment pour les femmes, et pourtant civilisation inégalée pour son temps. Les valeurs respectables, d’aujourd’hui, n’ont pas été le fondement des anciennes civilisations auxquelles nous sommes tous redevables de notre humanité.
La supériorité d’une civilisation est son apport à l'histoire, à un moment donné de son histoire. Le Parthénon et Versailles sont incomparables, même sans régime républicain. Sinon, pourquoi inscrire certaines réalisations, et pas d’autres, au « patrimoine mondial de l'humanité », sans tenir compte du régime auteur du chef d'œuvre. Quoi qu’en pensent les travailleurs esclaves de la muraille de Chine, cette merveille du génie d’une civilisation!
Si monsieur Guéant a commis une faute, c’est en confondant, ou même en faisant semblant de confondre, un système politique et une civilisation. Mais c’est un marqueur fort des politiciens démocrates, toutes tendances confondues.
Y a-t-il des réalisations supérieures à d’autres, en dehors des valeurs démocratiques ? La voila peut être la vraie question, puisqu’un arbre se juge à ses fruits. Plutôt les jardins de Babylone que le béton de Manhattan, non ?