Le film The Artist fait toujours des émules
Notre collaborateur lui donne un Oscar avant Hollywood
Julien Peyrié
le 09/02/2012
Avez-vous vu « The Artist » ? Ce monument du cinéma muet de l’année… de l’année 2012. Grand retour en arrière de l’art cinématographique, mais pour un chef d’œuvre. L’histoire est banale. Un acteur confirmé du cinéma muet, au sommet de son art dans les années 20, bien installé dans la vie, avec une grande maison, un chien-acteur qui lui donne la réplique et une épouse indifférente, rencontre une toute charmante jeune fille rêvant de jouer devant les caméras.
Le lien entre les deux se crée tout simplement : il lui donne la recette pour se distinguer des nombreuses autres midinettes. Une mouche dessinée au-dessus de la lèvre supérieure attire l’attention du producteur, et c’est parti. A partir de ce moment, laissez-vous emporter par le jeu des deux acteurs: Jean Dujardin et Bérénice Béjo.

Pas une parole pour gâcher ces gestes, ces mimiques, ces postures qui expriment tout. Quelques sous-titrages apparaissent de temps en temps, comme au bon vieux temps, renforçant encore le mutisme général. On a l’impression de suivre un cours de cinématographe avec les frères Lumière.
Mais cette histoire banale connaît un tournant; le cinéma devient parlant. La jeune actrice sait négocier le virage et devient une grande actrice. La star du muet refuse d’accepter le changement et ses producteurs le mettent sur la touche. Adieu épouse, maison et gloire. C’est la dèche, en pleine crise de 1929. Restent fidèles le chien, un vieux serviteur-chauffeur et, on le découvre, celle à qui il avait donné la recette de son succès.
Malgré son orgueil de vieux crooner, son désespoir, elle l’extrait de ses certitudes dépassées, après qu’il eut été sauvé d’un suicide par son chien. Elle le remet en scène, convaincant énergiquement les producteurs de lui donner sa chance. C’est aussi une belle histoire d’amour.
Ce film désuet par la technique employée, utilise comme moteur de l’action des vertus que l’on juge aussi désuètes aujourd’hui : la fidélité, la reconnaissance, l’amour désintéressé. C’est aussi un bel hymne aux nécessités de l’adaptation. Et pourtant, paradoxalement, ce film en noir et blanc, muet, archaïque techniquement, démontre par le seul jeu de ses acteurs que la tradition peut se perpétuer. Un chef d’œuvre.