
Jean Pax Méfret chante des brûlures françaises
Il aurait pu être le Jean Ferrat de la Droite
Jean Ansar
le
modifié le 05/04/2012 à 18:52h
Jean Pax Méfret persiste et signe dans un Olympia bourré à craquer. Le public est enthousiaste et surtout reconnaissant au journaliste grand reporter, écrivain à succès et chanteur talentueux de refuser toute repentance. D’ailleurs, de quoi se repentirait-il, alors qu’il a toujours eu raison? En proclamant des vérités face à l’histoire depuis…. Des années.
Sans lui, qui chanterait le courage des soldats français en Afghanistan, quoi qu’on pense de leur engagement? Qui honorerait le vieux soldat qui ne demande que le respect, ni plus ni moins, pour les valeurs auxquelles il croit, pour lesquelles il a combattu, le respect du drapeau et de l’hymne? Qui chanterait: Camerone et Dien Bien Phu, les héroïques combats et l’honneur de la Légion, le pays perdu de l’Algérie française multi-ethnique et religieuse, Veronica morte pour avoir voulu franchir le "mur de la honte", quand il était politiquement honteux de ne pas être inféodé à Moscou?


Sans lui, qui dirait, en chansons, une autre vérité historique, même partielle, la soif de liberté face à la dictature des droits de l'homme, la souffrance de la fierté coloniale diffamée, celle des harkis abandonnés et des rapatriés trahis, les barricades, les fusillades et, en 1962, les bateaux d’une déportation-épuration, renommée rapatriement?
Il chante tout cela avec un extraordinaire talent, musique et paroles, sans mot de haine, seulement l'amour d’une certaine France, un amour d’ouverture malgré les souffrances. De cette France qui bouge encore.
J’ai assisté au concert du 1er avril. Il faut le dire, j’ai été surpris. Pas par le nombre, mais par la composition du public. Je m’attendais à un rassemblement de vieux crânes rasés, de nostalgiques des centurions, des combats perdus, des trahisons douloureuses. Ils étaient là bien sûr, ce qui est leur droit et, pour certains, leur devoir. Mais ils n’étaient pas seuls. Le public était très jeune: militaires en civil, étudiants nombreux, familles avec enfants, pour transmettre une vision de l’histoire et une fidélité.
Méfret était au mieux de sa forme, avec ses arrangeurs accompagnateurs et musiciens, comme un vétéran, que les années n'atteignent pas. "Je suis pas politiquement correct/ Je n’ai pas changé, je suis direct/ Ce que je pense je l’écrit et je le dit/ Il m’arrive de le chanter aussi ".
Consacré à la télévision
Méfret commence à chanter au début des années 60. En 1965, il obtient le grand prix de l'émission télévisée "Age tendre et tête de bois" avec "La Prière", une chanson évoquant la solitude d'un adolescent pied-noir. Ses premières chansons engagées pour l'amnistie des condamnés et exilés du combat pour l'Algérie française paraissent en 1968 : avec "L'Hymne des Pieds-Noirs" et "La Prière du Pied-Noir", il exalte la mémoire des Français d'Algérie.
A ce moment-là, les critiques écrivent que « la Droite a trouvé son Ferrat » Et c’est vrai, que la "France patriotique et nationale", la même qu'aujourd'hui, a trouvé un chanteur de la résistance -car Mefret est tout sauf un fasciste, même s’il y en a sans doute dans la salle où je suis- de l’Indochine, de la lutte anti-communiste, de l’Algérie dont il est un fils, et de l’hypocrite idéologie dominante d’aujourd’hui.
Mais ce "Ferrat de droite", à la belle voix, n'a pas le grand succès qu’il mérite car les coteries adverses et idéologiques veillent. Il chante Soljenitsyne sans atteindre à la notoriété du chanteur de "Potemkine". Mais entre celui qui a chanté contre "le grand soir" et le compagnon de route des "Khmers rouges", qui a eu le plus raison face à l’histoire?
Alors la chanson n’a pas fait de Méfret un riche people. Mais si il revient avec de nouveaux titres, c’est parce que le message reste présent, attendu par un public qui se moque de l’audimat. Et cela continuera jusqu’au jour où, comme il le chante, il faudra rejoindre les oies sauvages et retrouver ceux qui sont morts avant l’heure, sacrifiés des causes perdues, qui en valaient bien d’autres. Causes occultées ou diffamées, mais ni reniées, ni oubliées par le public de Méfret.
"Dien Bien Phu", chante-il, "aujourd’hui tout le monde s’en fout, mais pas nous .» Il a tout dit. C’est son honneur, sa fierté et celle de son public. Cela mérite qu'on vous en informe aussi et que vous vous fassiez une opinion.









