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Ces journalistes-cinéastes dérangent le consensus  - Alors ils créent des circuits autonomes pour dire leur vérité

Ces journalistes-cinéastes dérangent le consensus


Alors ils créent des circuits autonomes pour dire leur vérité



Josiane Roth
le
modifié le 06/05/2012 à 10:00h

Il y a en gros trois catégories de journalistes. Ceux qui sont attachés aux rédactions des grands médias avec des salaires convenables, auxquels s'ajoutent quelques privilégiés évoluant dans le microcosme médiatique parisien qui s'en mettent plein les poches, genre Sinclair ou PPDA. Travaillant pour une ou plusieurs rédactions, qui les payent plutôt chichement, les journalistes/pigistes sont les plus nombreux. Et puis une troisième espèce, à la frontière du journalismes et du cinéma-documentaire, s'est développée avec le numérique: Internet, Skype, les micro-ordinateurs, les caméras légère, un pied dans une rédaction, l'autre dans chez lui. La figure  emblématique est, bien sûr, l'américain, Michael Moore, qui s'est payé le luxe (un peu téléphoné quand même) de recevoir une palme d'or au festival de Cannes. 


Ces journalistes-cinéastes autonomes, ces parallèles, ces militants de causes nobles (persécutions, misères, exploitations, trafics etc) et s'affichant comme tels (sans pour autant truquer la réalité afin de la faire cadrer avec leurs options personnelles comme trop de leur autres confrères ) sont en train de créer un nouveau journalisme: teigneux, indiscret, argumenté . Mais aussi un autre rapport à l'argent. 

Ils ne sont pas "bankables " comme on dit. C'est à dire qu'aucun financier ne misera 1 euro sur eux ou leur projet médias, qui ne dégagera, au mieux, qu'un maigre profit. D'ailleurs, ils ne quémandent pas dans ces milieux mercantiles. Parce qu'ils savent qu'il n'y a rien à attendre de ceux qui banquent pour multiplier leur mise par 2, 10, 100, 1 000, en distrayant, faisant rigoler et rêver. Ensuite, parce que ce serait se mettre la corde au cou. 

Or, ils ne tiennent rien mieux qu'à leur liberté, pour pouvoir dire ce qu'ils ont envie. Et ils n'ont pas envie de faire rigoler ou de distraire. Ils travaillent pour dénoncer. Parmi leurs cibles se retrouvent toujours des milieux financiers, patronaux, industriels, communautaires, politiques, des institutions, des Etats. Enfin, avantage des technologies de l'information et de la communication, on fait un doc diffusable sur Internet à moins de 50.000€. Partant du principe que les petits ruisseaux font de plus grands ruisseaux, ils recourent à des techniques de mobilisation et de solidarité, recourent à la souscription, Formules bien plus courante aujourd'hui qu'à l'époque où Jean François Kahn fonda Marianne

Monique Robin joue les Robin des bois 

Prenez Marie-Monique Robin, qui lance un appel pour co-financer son prochain film (et livre): "Comment on nourrit les gens?". La sortie est prévue à l'automne . Elle explique à ses souscripteurs potentiels que sa démonstration s'appuie "sur de nombreuses études scientifiques mais aussi des expériences paysannes", qu'elle "tentera de montrer qu'il existe des alternatives viables d'un point de vue agronomique et économique au modèle agro-chimique, basées sur l'agro-écologie et l'agriculture familiale". Qu'elles permettront de nourrir le monde, ce que n'a pas fait l'agriculture chimique. Et elle conclue que, pour préacheter un des 900 DVD encore disponibles, sur un tirage limité à 2 500 exemplaires, rendez-vous sur m2rfilms.com – rubrique "La nouvelle enquête". 


Connu du public depuis la diffusion de deux de ses enquêtes à la télévision: "Le monde selon Monsanto" et "Notre poison quotidien", cette fille du monde rural a démarré comme journaliste professionnel à FR3, dans des sujets audio-visuels, a continué chez Capa pour, finalement, s'installer en indépendant à la fin des années 90. En même temps, elle a déjà tourné une quarantaine de documents sur des bases simples mais pas toujours respectées dans le métier: enquête sérieuse, souvent internationale et équitable n'empêchant pas d'arriver à une conclusion sans appel sur une : trafic d'organes. violation de droits, sida, la drogue, femmes battues. Que des sujets de rigolade quoi! A partir du début des années 2000 ( flair? conviction? ou les deux) elle s'oriente vers l'écologie et les dégradations de toute nature : santé, alimentation etc. Son tout récent docu sur Arte était ainsi consacré aux méfait de l'Alena (l'accord de libre-échange intra-américain) sur l'agriculture mexicaine.

Entre temps, elle a monté se maison de production pour donner une assiste à son indépendance car, "de tous les principes qui s’imposent à un journaliste, l’indépendance est le plus décisif… et le plus difficile à mettre en œuvre." dit-elle. "L’indépendance d’esprit est une quête personnelle. L’indépendance matérielle, qui y contribue grandement, se construit également, en tenant ses propres intérêts à l’écart des pouvoirs établis. S’interdire la communication institutionnelle ou commerciale, c’est un postulat."

Pour que la com ne domine pas l'info

Or, "les « infos » sont elles-mêmes le nouveau conditionnement. Bon gré mal gré, les journalistes de news suivent le tempo des annonces et synthétisent les synthèses dont les abreuvent les grandes institutions. Bref : la communication domine l’information, mais soulève un scepticisme généralisé, qui écrase les vraies questions. C’est pourquoi l’investigation ne se limite pas aux évènements les plus retentissants. Jusque dans notre quotidien, entre le cynisme et l’impuissance qui habituent à l’inacceptable, l’investigation permet de poser cette question candide, et tellement politique : « comment est-ce possible ? »

C’est tout ça que M2R Films souhaite partager : information, aventure, rencontres. C’est cette matière, qui ne « rentre » jamais complétement dans le format d’un documentaire, que M2R Films veut mettre à disposition des souscripteurs à travers le DVD numéroté et les pages du site qui leur seront destinées.

Ce sont les mêmes principes, sinon les mêmes formes, qu'empruntent  Béatrice Pignède et Francesco Condemi. Ils ont choisi la formule associative, fournissant un catalogue de jeunes réalisateurs, pour promouvoir le cinéma documentaire, mais "indépendant". En lutte contre toute forme de racisme et de discrimination, matérielle, morale et intellectuelle, Clap 36 transforme le cinéma en espace de débat,  encourageant le public à quitter son "rôle de spectateur et de consommateur d'images et de récits", en privilégiant les projections suivies de débats en France comme à l'étranger, filières et  réseaux de cinémas "art et essai" et d'établissements publics, culturels ou associatifs.


Francesco Condemi                              Béatrice Pignède

Ainsi Clap 36 propose-t-il, sur son site, le visionnage gratuit de ses films:  A votre santé citoyens / La dette-mocratie/ IBM cogestionnaire des camps nazis/ Thierry Meyssan : opération libyenne et stratégie de l’empire/ 9/11 " Vous avez le droit de douter"/ Nafissatou Diallo: de l'ombre à la lumière/ Clichés Nord/Sud/ Regard d’un chrétien d’Orient sur l’islam/ « Idéologie Islamique Française, éloge d'une insoumission à la modernité »/ Honneur à Clap Noir/ Bombardements de l'OTAN visant des civils libyens/ Médiatrucages et fabrique de l’oubli/Salutations d’un âge où la pensée va libre !/ Projection-débat « The 9/11 Black Box »/  DSK, le FMI et les réseaux pro-israéliens/ Le mythe Al Qaïda/ Norman G.Finkelstein, de la culpabilité en politique/ A quand la révolution kaki aux USA, pour vider le kkk ?" Et la maison de proposer: "si ce documentaire vous plait, merci de soutenir notre travail par un don." 

Un film sur la Syrie et un autre sur la loi Gayssot

Voici par exemple l'argumentaire de Francesco Condemi pour vendre son projet en cours. "Fort de sa récente victoire en terre libyenne, l’impérialisme lorgne maintenant sur la Syrie. Cette fois-ci, les enjeux sont encore plus importants que précédemment, car la chute de la Syrie signifierait une déstabilisation régionale majeure. Le scénario reste le même : un dictateur sanguinaire (fort apprécié dans «le camp du Bien» jusqu'à récemment) s'en prend à sa propre population, une répression impitoyable s'en suit etc.. 

Mais aujourd'hui, les grandes puissances extérieures à l'OTAN -Chine et Russie en tête- semblent ne pas vouloir (ou pouvoir) laisser l'histoire se dérouler comme en Libye. A l'intérieur même du pays, de nombreuses voix dénoncent la tentative de déstabilisation menée par des groupes armés étrangers qui, par la terreur, cherchent à dresser les communautés les unes contre les autres.

Notre camarade Francesco Condemi est parti enquêter sur place en Syrie et au Liban aux côtés de journalistes de la presse mainstream (RTBF, La Libre Belgique, La RAI, KTO...). Avec cette délégation, conduite par Thierry Meyssan du Réseau Voltaire et Mère Agnès Marie de la Croix du Centre Catholique d'Information, Francesco Condemi est allé à la rencontre des responsables politiques et religieux syriens. Il revient de Damas avec des images qui contredisent la version univoque véhiculée par la presse atlantiste. Nous vous proposons cette bande-annonce et sollicitons votre aide pour réaliser ce prochain long-métrage documentaire. Vous pouvez nous envoyer vos dons (en spécifiant qu'il s'agit de la souscription du film « Montage syrien ») par PayPal ou chèque à l'ordre de Clap36 (BP 4011, 75161 Paris cedex 04)."

Fondatrice de Clap 36, Béatrice Pignède n'est pas non plus une débutante dans le journalisme. Elle a même un CV de poids: réalisatrice, depuis 20 ans, de films documentaires au cinéma et à la télévision française, notamment pour France3 et ARTE, dont un long métrage sur le philosophe Paul Ricoeur et un "grand format" sur la propagande au Kosovo (prix Europa 2000) ; journaliste d'investigation et animatrice de l’émission «Arrêt sur Images » (La Cinquième); intervenante spécialisée cinéma et éducation à l'image dans les écoles, collèges, lycées et associations de quartiers; membre de la télé libre Zalea TV.


Parmi les films de Clap36, Béatrice Pignède a réalisé Chiapas : "Voyage en utopie, Dieudonné sans forme de politesse, Après l'hégémonie, État de guerre, Propagande de guerre propagande de paix, L'Irak d'une guerre à l'autre". Et elle vient de terminer « Main basse sur la mémoire, les pièges de la loi Gayssot», que vous n'aurez  aucune chance de voir en salle ou à la télévision. En France. Car on peut très bien l'imaginer au Canada, aux Etats Unis ou, en Europe, en Italie ou en Grande Bretagne. Dans les pays libres, quoi!

Le discours d'explication de Béatrice Pignède est sans équivoque: "Au lendemain de l'adoption par le Parlement français d'une loi pénalisant la négation du génocide arménien, Clap36 revient sur la « mère de toutes les lois mémorielles ». De nombreux historiens, philosophes, hommes politiques de tous bords, dénoncent les dérives qu'elle a engendrées depuis 1990, pénalisant la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité, tels que définis par le Tribunal de Nuremberg. Présentée à l'époque comme un rempart contre l'antisémitisme, son bilan est désastreux : atteintes aux libertés, concurrence génocidaire, surenchère victimaire, renouveaux identitaires et racistes, gigantesques détournements financiers." A l'extérieur, le verrou idéologique institutionnalisé par la loi Gayssot participe également à justifier les guerres coloniales de ces dernières années et à couvrir la politique d'Israël d'une caution inoxydable."

Le film développe l'historique et la logique des lois mémorielles, en interrogeant des historiens (Pierre Nora et Annie Lacroix-Riz), un philosophe (Paul Ricoeur), une juriste (Anne-Marie le Pourhiet), un romancier et universitaire (Jacob Cohen), ainsi que des citoyens engagés politiquement (Alain Benajam, Norman Finkelstein et Jean Bricmont). Sans oublier celui par qui le scandale est arrivé  et que certains rêveraient de voir silencieux à jamais: Robert Faurisson.

A travers ce documentaire, la réalisatrice Béatrice Pignède met en relief  le caractère désastreux de cette institutionnalisation d'une histoire légale, non seulement pour l'histoire et le droit, mais aussi pour l'idée même d'une République qui ne peut survivre qu'en restant strictement neutre par rapport aux débats entre communautés, aux sacralisations d'événements historiques et au désir de chaque groupe particulier d'imposer à la collectivité nationale son propre « devoir de mémoire ».

Pendant la période de souscription, le DVD de «Main basse sur la mémoire» est proposé au tarif de 20€ (frais de port inclus). 
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