
Législatives: premier tour tragiquement normal
Personne n’a de quoi pavoiser
Raoul Fougax
le
modifié le 12/06/2012 à 09:18h
Le "président normal" a eu une législative normale. Il pourra se considérer vainqueur si, à l’issue du second tour, le PS, mais le PS seul, atteint à la majorité absolue. C’est à l’issue de ce scrutin seulement que l'on pourra tirer un vrai bilan.
Il n’en reste pas moins que la "vague rose" est une vaguelette, que la Droite s’effrite, mais ne s’effondre pas, que le FN s’enracine malgré le repli mathématique, entre présidentielle et législatives, pour ce parti sans véritable implantation locale.
La constatation, au regard des projections à l’issue de ce premier tour, débouche sur la preuve, une nouvelle fois, d’un système électoral français non démocratique, comme aucun autre en Europe. Les partis dominants, par des arrangements entre faux-vrais amis, transforment ce qui devrait être une véritable représentation du résultat de la volonté populaire en une chambre "partitocratique". Tout est à revoir, dans le respect du principe majoritaire, mais avec une proportionnelle suffisante pour refléter l’opinion publique.

En effet, personne ne peut comprendre comment le Front de Gauche, avec 6 % des suffrages va se retrouver avec 15 députés pour former un groupe comme EE-Les Verts avec 5 %, alors que le FN frôlant les 14% n’en aura que 4, 3 ou 0. C’est mieux chez Poutine.
Les vrais perdants
Le grand vaincu est le Centre. C’est l’échec de François Bayrou, qui ne sera sans doute même pas élu. Son rêve de Centre indépendant, alternative à l’opposition Gauche/Droite, est fracassé. C’est de sa faute. En affirmant qu’il allait voter Hollande au second tour de la présidentielle, il s’est suicidé. Il a commis une erreur majeure d’analyse. Il a cru qu’il avait fait évoluer le Centre vers le Centre gauche, alors que son électorat restait très largement UDF, c’est à dire Centre droit.

François Bayrou : le grand perdant ?
Celui qui explose en plein vol, c’est Jean Luc Mélenchon. Il ne sera pas député. Pour la deuxième fois, il est humilié par Marine Le Pen. Il a cru pouvoir faire partager sa haine personnelle à la classe ouvrière; il s’est trompé. Il a ruiné sa force d’attraction car, au bout d’un moment, on ne voyait plus son talent; on n'entendait plus son discours. On ne voyait plus que la bave qui lui coulait des lèvres. Ségolène Royale est en difficulté et Rama Yade, un temps la préférée des Français, disparaît.
L'UMP peut se féliciter d'avoir évité une déroute. Cela confirme que l’implantation locale a résisté à l’anti-sarkosysme présidentiel, que l’adhésion au "changement" est limité et teinté d’inquiétudes diverses. Les candidats les plus à droite de l’UMP ont fait, généralement, de bons scores. Jean François Copé préconise le ni–ni, car il ne peut faire autrement pour limiter les dégâts au second tour. Il s’agit de ne pas voter pour des candidats PS soutenus par l’Extrême gauche, histoire de sauver la face.

NKM et Nadine Morano : pour être élues, boire le calice jusqu'à la lie..
Une évolution tardive et sans doute insuffisante pour mobiliser l’électorat FN pour certains UMP. Quand on voit Nadine Morano sans ambiguité ou Nathalie Kosciusko-Morizet plus insidieusement, les Jeanne d’Arc anti-FN, quémander le suffrage de ses électeurs, on se dit que la réalité impose des virages déchirants, mais peu crédibles.
Selon les cas, le second tour amplifie, ou corrige, les tendances du premier. Le jeu reste, cette fois, assez ouvert, au regard d’une abstention record. Cette abstention, comme nous l’avions analysé, a permis de limiter les triangulaires, mais l'influence du FN reste déterminante dans de nombreux duels. Son but est d'entrer au Parlement; qu’il ait 1 ou 4 députés est de peu d’importance. Pour l'UMP, l’enjeu est d'empêcher la Gauche d’avoir une majorité absolue et pour le PS, au contraire, d'être le plus fort possible, tout seul. François Hollande n’est pas mécontent. Il devra attendra dimanche prochain pour se réjouir vraiment, si les votes du second tour confirment les espérances du premier.










