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L’Amérique d'Obama face à celle de Romney - “For yours later” can he encore?

L’Amérique d'Obama face à celle de Romney


“For yours later” can he encore?



Jean Bonnevey
le
modifié le 10/09/2012 à 08:12h

Les medias français ont été d’une incroyable discrétion sur la convention démocrate de Charlotte et notamment sur le discours du président sortant. On est à des années lumières de l’hystérie d’il y a 4 ans autour du messie que l’Amérique allait donner au monde. Quatre ans plus tard, il n’a bien sur, ni marché sur l’eau, ni multiplié les petits pains. Et son discours a été mauvais. Un discours sur la défensive, demandant plus de temps pour réussir. Une chose est sûre,  les conventions n’auront  pas fait le président et le duel s’annonce donc très serré. De son coté,  à Tampa,  le républicain Romney n'a pas été mauvais mais il a du mal à fendre l’armure. 

La nouveauté et la curiosité jouent en faveur des républicains

Paul Ryan, l'élu du Wisconsin, choisi pour être vice-président, a enthousiasmé les délégués de la convention républicaine. D'emblée, il a défini la mission du ticket républicain : « Nous allons sortir l'Amérique de la crise de l'emploi et la ramener sur le chemin de la croissance ». Percutant, incisif, parfois drôle, il s'est livré à une attaque en règle contre un président qui a fait rêver mais n'a plus de solutions face à la crise. A la fin de son discours, entouré de sa femme et de ses trois jeunes enfants venus le rejoindre, il a offert une image rajeunie du parti et celle d'un homme déterminé et convaincu de la tâche à accomplir.  Son point faible est qu’il est présenté comme ultra libéral et droitier.

Romney/Obama : au delà du duel..

De la même manière, la femme de Mitt Romney a été la révélation de ces conventions.
Le candidat  républicain à la Maison Blanche et ses conseillers comptaient sur la très télégénique et appréciée  Mme Romney pour reproduire ce que Michelle Obama avait fait lors de la convention démocrate de 2008 : "humaniser" son mari, souvent  perçu comme un homme politique distant, et devenir son ambassadrice auprès des américains moyens, plus particulièrement les femmes, dont les intentions de vote pour Romney restent faibles.
Elle a parfaitement réussie. Michèle Obama aussi ,a été très bonne, bien meilleure que son mari malgré le charme naturel et indiscutable de celui-ci.

Un duel de femmes

Michelle Obama a suivi à la lettre les recettes de la première dame qu’elle est pour son grand discours à la convention démocrate. Comme l'avait fait avant elle Ann Romney, lors de la convention républicaine, la semaine dernière.

Un duel de femmes..

Elles ont fini par se ressembler, ce qui est assez surprenant. Ces deux femmes n'ont pas grand-chose en commun. Tout les sépare en apparence : la couleur, l'âge, le milieu social, l'éducation, le style...Anne Romney, 63 ans, sort d'une famille aisée et a choisi de rester à la maison pour élever ses cinq enfants. Elle a eu un cancer du sein et souffre de sclérose en plaques qu'elle soigne, entre autres, grâce à l'équitation. Rafalca, l'un de ses chevaux, était en compétition aux derniers JO.

Paul Ryan et sa famille


Michelle Obama, 48 ans, est issue d'un milieu modeste de Chicago et a fait des études à Princeton et Harvard. Elle a beaucoup parlé de ses batailles de femme moderne qui a du mal à concilier enfants et carrière. Depuis qu'elle est à la Maison-Blanche, elle a lancé une grande croisade contre l'obésité. Pour promouvoir les vertus de l'exercice, elle n'hésite pas à se montrer à la télévision en train de faire des pompes ou une course en sac... Elle arborait une robe rose et grise d'une « designer » spécialisée dans le prêt-à-porter, pendant qu'Ann Romney avait choisi pour son discours une flamboyante robe rouge d'Oscar de la Renta. La bataille des dames ne fait que commencer.

Deux Amériques face à face

Mais en fait l’essentiel est ailleurs. On va assister à un nouveau combat entre deux Amériques très opposées.

Celle d’Obama, c’est l’Amérique des laissés pour compte du rêve américain, ceux qui veulent un état fort et providence. C’est l’Amérique des minorités, de la discrimination positive, des noirs, des hispaniques en partie et d’une majorité de femmes.

L’Amérique de Romney, c’est celle qui est fière des réussites, fidèle aux principes des premiers immigrants plus que des suivants .C’ est l’Amérique des pères fondateurs et de la conquête de l’ouest. L’état  fédéral, c’est une menace permanente de limitation des libertés.

Amérique des riches contre Amérique des pauvres- un  peu. Amérique des blancs contre l’Amérique des noirs un peu beaucoup. Quand on regarde la foule des conventions, on a du mal à trouver des noirs chez les républicains alors qu'ils sont omniprésents chez les démocrates. Le vote racial est une réalité.


En fait cette élection confirme parfaitement  la thèse d’un livre qui pose une nouvelle fois la question qui conditionne l’avenir des américains : « Qui sommes nous ? »
Il s agit d’un livre de Samuel Huntington, moins connu que son «  choc des civilisations ». Il pense que les noirs et les hispaniques  rejettent le credo des pèlerins fondateurs de la nation américaine. Son  obsession c’est plutôt d’ailleurs la migration hispanique. Le monde huntingtonien est divisé on le sait en « cultures » et en « peuples » distincts. Ces « peuples » et ces « cultures » forment des civilisations qui structurent le monde contemporain. 
Pour Huntington, une civilisation est définie par des éléments tels que la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions et par des éléments d’auto- identification (le drapeau, un sentiment d’appartenance à une communauté d’idée et de pensée).

 
L’auteur détermine cinq civilisations : la chinoise, la japonaise, l’hindoue, la musulmane, l’occidentale. Il rattache le continent africain aux autres civilisations et, quant à l’Amérique latine, sa position est ambivalente. Tantôt l’Amérique latine fait partie d’une sous-civilisation rattachée à la civilisation occidentale ; tantôt il la présente comme une civilisation distincte et menaçante pour les Etats-Unis. Il analyse que la survie de l’Occident dépend de la volonté du peuple américain d’affirmer sans pudeur son identité européenne et forte de trois siècles d’une existence jamais remise en cause. Dans cette perspective, « Qui sommes-nous ? » se situe dans le droit fil de la pensée huntingtonienne  au niveau des dangers d’implosion interne. Il est souvent présenté donc comme un «  suprématisme blanc » mais il pose des questions réelles.
Il cite à plusieurs reprises ces « hommes blancs en colère » qui pensent être devenus une minorité sur le territoire américain, minorité qui ne bénéficie pas des programmes « d’action affirmative » et qui de ce fait se trouve dévalorisée. 

Deux amériques face à face

« En réaction ,écrit-il, aux diverses forces qui menacent le fonds culturel commun et le Credo américain, on pourrait voir apparaître un mouvement mené par les Américains blancs de souche, qui chercheraient à faire revivre une conception évincée et discréditée de l’identité américaine fondée sur la race et l’appartenance ethnique et à créer une Amérique de l’exclusion qui expulserait ou opprimerait les populations issues d’autres groupes raciaux, ethniques ou culturels. L’expérience historique et contemporaine suggère qu’il est fortement probable qu’un groupe autrefois dominant, se sentant menacé par la montée d’autres groupes, réagisse de cette manière. On pourrait alors voir surgir un pays intolérant sur le plan racial caractérisé par un fort taux de conflits interethniques ». Il parait le redouter mais ses détracteurs affirment qu’il le souhaite.

Ce débat est  le débat  non-dit  mais le cœur du duel Obama-Romney. Les minorités d’hier sont-elle la majorité d’aujourd’hui et l’Amérique de demain ? La majorité d’hier est-elle condamnée à être marginalisée ou peut-elle encore assumer le destin de l Amérique.
Qui sont les américains ? La question d’Huntington concerne  les deux candidats et le monde entier.

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