
Obama, une réélection gagée par les Hispaniques...
...et le coût de la campagne
Michel Lhomme
le
Il y a quelques jours, notre collaborateur, Raoul Fougax se demandait dans « L’Amérique d’Obama face à celle de Romney » mais qui sont donc les Américains ? Quelles seront les majorités et les minorités de demain et dans quelles mesures, les changements ethnico-culturels en cours modifieront en profondeur la politique américaine au moment même où elle perdra son leadership mondial ?

Obsèques d'Oswaldo Paya
De passage vite fait à Miami cet été nous avons vu la communauté hispanique touchée par la mort d’Oswaldo Paya (sur lequel nous reviendrons) mais surtout mobilisée sur la question du soutien ou non à accorder à la réélection de Barack Obama, en novembre prochain. Nul n’ignore, en effet, que la réélection 2012 du Président de la première puissance mondiale se jouera plus que jamais, sur ce qu’il faut bien appeler sans langue de bois, le « parti de l’étranger » c’est-à-dire les fils des latinos clandestins venus du Sud qui ont, depuis plus de deux générations, remplacés les petits blancs européens qui ont fait l’Amérique. C’est en 2040 que les Blancs deviendront aux Etats-Unis une minorité comme les autres alors qu’en 1965, ils constituaient encore près de 90% de la population ! Ce qui se passe électoralement aux Etats-Unis est d’ailleurs prémonitoire de ce qui se passera demain en France avec et, c’est un sacré bémol pour notre pays, la perspective peu encourageante d’un changement de religion.
Un vote avant tout « communautariste »
Rappelons qu’aux Etats-Unis, la complexité du système électoral indirect renforce le poids des Etats à fort taux d’immigration de sorte qu’aujourd’hui, on peut dire que le sort tout entier des Etats-Unis tend à ne reposer que sur quelques états forts du lobby hispanique. Combien sont-ils ? 50 millions, chiffre idéologiquement correct. Plus sans doute, plus près de 60 millions à voter en général démocrate par respect pour le parti du métissage et de la « nation arc-en-ciel », des aides aux sans-papiers, de « l’accueil de l’autre », des 3 000 illégaux qui entrent par jour aux Etats-Unis ! Tous les commentateurs le disent ou l’écrivent : si Obama réussit à battre Mitt Romney, ce sera grâce au vote des Hispaniques.


Le vote hispanique aux USA : un vote décisif pour la victoire d'Obama
Dans six Etats (Colorado, Arizona, Nevada, Floride, Caroline du Nord et Virginie) où ils regroupent entre 5 % et 22 % de la population, les latinos pourraient carrément imposer Obama. Ils pourraient également le faire à quelques milliers de voix près dans dix autres Etats, dont quatre « poids lourds » : Californie, Ohio, Michigan et Pennsylvanie. Le système fédéral américain divise le pays en cinquante et un Etats qui tous possèdent un nombre inégal de « grands électeurs ».
La démographie et l’économie attribuent ainsi à la Californie 55 grands électeurs et à l’Illinois 21 alors que l’Arkansas et le Maine n’en ont respectivement que 3 et 4. Il en faut 270 pour entrer à la Maison Blanche. Le parti arrivé en tête dans un Etat gagne tous les grands électeurs de cet Etat et c’est là que le système politique américain sert, sans l’avoir prévu au départ, les Etats à forte population immigrée de sorte qu’à son grand étonnement, le vote du petit blanc du Maine compte moins que celui de la petite "frappe" du Queen’s. Un président des Etats-Unis peut ainsi très bien être élu avec moins de voix que celle de son adversaire, les grands électeurs ne se divisant pas. Cela avait d’ailleurs été le cas pour le républicain Georges Bush en 2000, le démocrate Al Gore avait obtenu un demi million de voix de plus que son concurrent mais il n’en fut pas moins déclaré perdant !

Population hispanique
Du coup, en 2012, la mobilisation du vote hispanique est vitale pour les deux principaux candidats : un millier seulement de voix latinos peuvent remettre au vainqueur local la totalité des grands électeurs de l’Etat ! En 2008, 67 % des Hispaniques ont voté pour Obama et 31% pour McCain. Depuis, Obama a déçu les Latinos en poursuivant dans ces deux premières années la chasse aux illégaux sur la frontière mexicaine mais depuis quelques mois, on régularise un peu plus, on a amnistié un million et demi de lycéens et d’étudiants, fils d’illégaux, et les patrouilles se font ces temps-ci beaucoup plus discrètes, sachant que les électeurs ont souvent la mémoire courte. Devant la convention démocrate où jeudi dernier, le Président en exercice a accepté son investiture, Obama s’est excusé et il a proposé de lancer, en 2013, la réforme de l'immigration à laquelle il n'avait pas donné la priorité en 2009, histoire de rappeler aux latinos qu’il ne les a pas oubliés.
Qu’en est-il alors de ce vote, début septembre ?
Dans les derniers sondages, la proportion reste la même : en gros, deux tiers des voix hispaniques vont pour les Démocrates et le tiers restant pour les Républicains. A Miami, on regrette en particulier que la normalisation avec Cuba ait été si lente même si récemment, une liaison de fret maritime s’est ouverte satisfaisant les familles d’exilés. Dans les comités de campagne démocrates, on se mobilise surtout actuellement pour pousser vers l’inscription sur les listes électorales des bataillons de jeunes hispaniques qui, électoralement parlant, n’existent pas encore, exactement comme les socialistes le font régulièrement avec nos jeunes de banlieue, à travers des associations culturelles bidons abusivement subventionnées.


Mitt Romney quant à lui pourrait séduire les Hispaniques déjà installés en proposant une réforme originale de la politique de l’immigration et du visa mais jusqu’alors, ils les a plutôt déçus en proposant lui-aussi la régularisation de près de vingt millions de latinos supplémentaires ! Comme en France, les immigrés qui ont réussi, ne souhaitent pas voir de nouvelles hordes supplémentaires menacer leur nouveau train de vie en général acquis difficilement et honnêtement. Le principal argument de Romney reste alors sociétal avec son opposition farouche au mariage homosexuel, sujet qui demeure toujours sensible chez les Cristianos. Mais, l’argument suffira-t-il ? Il faut toujours, en effet, aux Etats-Unis qu’à un moment ou un autre, l’argent s’en mêle !
Haute finance contre fils d’immigrés : le juste rappel des choses
Si Obama était réélu par le vote immigré, il aurait aussi cette année le privilège de contredire de nouveau un principe de sociologie électorale pourtant bien acquis aux Etats-Unis, celui de voir élu ou réélu le candidat qui aura récolté durant sa campagne le plus de fonds.

L'argent est le nerf de la guerre
Plus que jamais aux USA, l’argent est le nerf de la guerre électorale. Les sommes mises en jeu sont colossales et elles n’ont cessé d’exploser tous les quatre ans à chaque scrutin. On parle de centaines de millions de dollars, plus exactement de cinq milliards de dollars cette année, apportés en général par des sympathisants privés ou des groupes de pression (les fameux lobbys) des deux principaux candidats, le démocrate Obama et le républicain Mitt Romney. Déjà, pour pouvoir se présenter aux Etats-Unis, il faut disposer d’une conséquente fortune personnelle. C’est le cas outrancier du mormon Mitt Romney qui, grand homme d’affaires, avait déjà sur ce point un avantage conséquent sur Barack Obama, avantage que le candidat sortant a d’ailleurs retourné contre lui en période de crise, accusant son rival d’être le candidat des riches. Aux Etats-Unis, il ne peut y avoir de réussite publique sans richesse individuelle et quant à l’origine de cette richesse individuelle, elle reste souvent obscure.

En France, les sommes en jeu sont moins fortes, ceci étant, à regarder les députés élus aux dernières législatives, là encore ce sont la plupart du temps, les plus fortunés des candidats en lice ou ceux qui disposaient le plus d’argent de campagne qui ont remporté les élections. La démocratie libérale ne serait pas celle du vote et d’un électeur mais plutôt celle d’un billet de banque et d’un élu, vraie logique du système de la conviction représentative de masse.
Dans la course à la Maison-Blanche du 5 novembre, du point de vue financier, Romney a l’avantage car les électeurs se mobilisent forcément plus dans la colère et la revanche. Cela nous étonnerait en France mais il faut suivre la campagne électorale américaine pour saisir avec un certain étonnement l’outrance des attaques dirigées contre Obama, accusé carrément d’être un socialiste invétéré, un marxiste inconditionnel. Dans les classes moyennes américaines, on rage contre ce qu’on appelle « l’aventure » et du coup, on est prêt à se saigner et à verser des royalties pour se débarrasser de la « peste rouge » (sic). Cet été, Mitt Romney a même été invité en Pologne par Lech Walesa, comme s’il s’agissait d’une première visite militante derrière le rideau de fer ! Du coup, les comptes sont vite faits : à trois reprises, en avril, mai et juin, Romney a pu verser à chaque fois dans les caisses de sa campagne plus de 100 millions de dollars au moment où Obama n’ajoutait dans les siennes qu’un peu plus de 75 millions de dollars. Or, habituellement, il est pourtant toujours plus facile au candidat sortant de devancer son adversaire lors d’une réélection. L’enthousiasme et la rage d’en découdre sont donc bien du côté républicain, tellement bien que pour la troisième fois, après novembre 2004 et novembre 2008, le parti politique contrôlant la Maison Blanche se présente aux élections avec moins d’argent que son adversaire et que les fonds de l’ancien gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney pulvérisent tous les records, ces fonds provenant, en particulier, des plus grandes fortunes du monde de la finance, de tout le gratin du capitalisme américain !

En novembre 2008, cette disproportion financière fut fatale au sénateur de l’Arizona, John McCain, républicain et successeur naturel de George Bush. Il perdit car il disposait d’une somme deux fois moins importante que celle de son concurrent, Barack Obama. Du coup, pour 2012, Obama n’ose penser au scénario McCain et pour se rassurer, ses partisans se replient sur l’exception atypique de 2004. Cette année là, avec des caisses à peu près « vides », George Bush qui combattait aussi pour sa réélection, vainquit son adversaire, le démocrate John Kerry, pourtant largement financé à cette époque par les fonds « philanthropiques » du hongrois Soros. Mais qui fit alors la différence ? Les latinos de Floride, de par la fermeté sur Cuba ou l’engagement en Irak qui permit alors aux nombreuses recrues hispaniques d’obtenir la carte verte et le passeport américain. Le duel Obama-Romney est donc aujourd’hui le choix entre les requins de la finance, partisans de Romney et les descendants d’illégaux, les fils des passeurs de frontières, les héritiers de l’armée de réserve du capital mais c’est aussi pour Obama, l’importance d’un autre électorat, l’électorat homosexuel.

Dans son discours prononcé sur la scène de la convention démocrate, jeudi dernier, Barack Obama a déclaré que les gays et les lesbiennes ont été historiquement des « boucs émissaires ». Il a affirmé, au nom de tous les Démocrates : « Nous ne pensons pas que les assistés sociaux, les syndicats, les immigrants ou les homosexuels ou tout autre groupe soit à l’origine de nos problèmes ». Pour le Président américain, l’amour sous « toutes ses formes » fait partie intégrante des idéaux fondateurs des Américains.
Or, n’en déplaise à Obama, nous ne croyons pas qu’au ciel, les puritains du Mayflower aient vraiment appréciés ! En tout cas, pour sa réélection, une vidéo de campagne ciblée a été réalisée qui rappelle le soutien passé d’Obama aux personnes LGBT, même si dans son discours, celui-ci a reconnu que les choses n’ont pas été assez vite. Puis, il a continué en déclarant : « Mon espoir est que, lorsque vous regarderez en arrière sur ces années, vous verrez une époque où nous avons mis un terme à la discrimination contre les gays et les lesbiennes (…) Vous verrez une époque dans laquelle nous, en tant que nation, avons finalement reconnu les relations entre deux hommes ou deux femmes, comme aussi réelles et estimables que les relations entre un homme et une femme ».
Ah, que ne faut-il pas faire pour être réélu ?... Reste que chez les évangélistes américains, les adventistes, les mormons, les pentecôtistes, très puissants aux Etats-Unis et en particulier, dans la communauté noire, qui en général, avaient voté Obama en 2008, la pilule forcée du conformisme sexuel passe aussi de moins en moins !










